Arthur Forissier : Le sourire du champion du monde de triathlon qui transforme les défis en jeu
Nom : Arthur FORISSIER
Présentation : Triathlète professionnel – Champion du Monde Cross Triathlon 2019
Propos recueillis par Julien Russier le 2 décembre 2025
Julien RUSSIER – Que représente pour toi le concept d’optimisme ?
Arthur FORISSIER – C’est à la fois très vague et très important. Je vois ça comme un bon moteur, quelque chose qu’il vaut mieux avoir pour avancer un peu plus vite et un peu plus loin. Je le vois aussi comme quelque chose d’assez contagieux, dans le bon sens du terme. Pour certains, j’imagine que c’est peut-être même une sorte d’objectif de vie.
Pour moi, ce serait plus une conséquence des choses que tu mets en place dans ta vie. Cela découle de la confiance que tu as parce que tu mets tout un tas d’actions en place et que ces actions sont cohérentes avec ce que tu veux. Ça me fait beaucoup penser aux sujets environnementaux : si tu fais un travail que tu aimes et que tu le fais bien, tu as à la fois du plaisir et de la confiance en ce que tu fais. Donc, forcément, tu es optimiste. Si tu as la même approche envers l’environnement, en agissant de manière cohérente avec tes pensées et tes valeurs, tu auras l’impression de préserver la planète et tu seras plus optimiste pour la suite. Je pense que, quel que soit le domaine, la réflexion est la même.
C’est plus sympa d’avoir affaire à quelqu’un de souriant.
Ce qui est remarquable chez toi, c’est ton regard et ton sourire. Est-ce quelque chose qu’on t’a déjà dit ?
Oui, c’est quelque chose que je ressens et qui est un peu automatique. C’est ma façon d’être par défaut, surtout quand je ne connais pas les gens. Je me rends compte que c’est perçu, et ce n’est pas la première fois qu’on me le dit. Beaucoup de gens ont l’air d’apprécier. Je m’en suis rendu compte assez tard, souvent à la piscine. Les gars de l’entretien, de l’accueil, les maîtres-nageurs, ils me disent tous : « Ça fait plaisir, tu as le sourire ». Je ne sais pas s’ils croisent des gens qui font la tête toute la journée, mais ils me le disent souvent.
Est-ce que ce sourire te rend la vie plus facile et facilite le lien avec les gens ?
La vie plus facile, pas forcément immédiatement, mais c’est automatiquement plus agréable. C’est plus sympa d’avoir affaire à quelqu’un de souriant. Et quand tu souris, on te sourit en retour. Ça peut fréquemment ouvrir une discussion. À la piscine, il y a plein de gens avec qui je me suis mis à parler alors que je ne les connaissais pas. À force de se croiser, on se sourit, puis on se dit bonjour, et ensuite on échange un peu plus. C’est assez sympa.
Le triathlon est un milieu très compétitif. Retrouves-tu cet état d’esprit positif dans ta pratique ?
Je fais une vraie distinction entre le triathlon classique et le cross triathlon. En cross triathlon, j’ai l’impression que les gens sont bien plus avenants, souriants et contents d’être là. Dans ce milieu, je suis normal ; il y en a qui sont encore bien plus souriants que moi. En triathlon sur route, j’ai l’impression que c’est un peu moins fun. Sur les épreuves que je regarde, ça n’a pas l’air d’être la franche camaraderie. C’est un peu comme la différence entre le trail et la course sur route, ou le VTT et le vélo sur route. J’ai l’impression qu’être dans la forêt, ça fait du bien et ça détend les relations.
Tant que je peux faire mon sport et voir des gens, ça va toujours.
Une carrière de sportif professionnel est faite de hauts et de bas. Comment affrontes-tu les périodes complexes ?
Le plus complexe pour moi a été le Covid, car on n’avait aucune visibilité. C’était une période que je n’ai pas aimée et que j’ai subie. En revanche, même après de grosses chutes à vélo, je ne l’ai pas si mal vécu. Contrairement au Covid, j’avais des objectifs clairs : revenir à mon niveau, vite. Les séances de kiné et les entraînements, même allégés, rythmaient mes journées. Tant que je peux faire mon sport et voir des gens, ça va toujours. C’est plus dur quand on me prive de ça.
Après une blessure, tu ne doutes jamais de ta capacité à revenir au meilleur niveau ?
Franchement, je n’ai jamais eu le moindre doute. Je note une vraie différence avec la perception de mon entourage. L’été dernier, je me suis fracturé la colonne vertébrale à VTT. Alors que ma copine était très inquiète, moi, je sentais que ça n’allait pas si mal. J’avais toujours l’impression de me sentir bien mieux que l’état qu’on me décrivait. Comme ça m’était déjà arrivé et que mes délais de récupération sont souvent deux ou trois fois plus courts que ce que les médecins annoncent, j’ai cette confiance. C’est devenu ma norme.
Ce qui me motive, c’est de retrouver ma liberté de mouvement. La composante performance/haut niveau n’est pas ce qui m’anime le plus. C’est plutôt d’être dehors, de faire des trucs marrants. Ce besoin de bouger, depuis tout petit, est vraiment très fort.
Tu as mentionné l’environnement. Es-tu optimiste quant à l’état du monde ?
C’est un sujet très important, un des enjeux majeurs des décennies à venir. Je suis conscient qu’on ne va pas vers quelque chose de beau, mais je reste assez optimiste. Je suis le collectif « Time for the Planet » , qui met en commun les connaissances pour réfléchir et financer ensemble des solutions. Ce genre de mouvement est, à mon sens, visionnaire. Même si la politique est décevante, ce contre-pouvoir citoyen me donne une confiance incroyable et me permet de rester optimiste malgré l’état actuel des choses.
Tu es champion du monde, mais tu restes très accessible et disponible. Comment gardes-tu les pieds sur terre ?
Malgré les performances, j’ai une vie assez simple. Les préoccupations financières sont importantes, ce qui aide à garder les pieds sur terre. Le titre de champion du monde de cross triathlon ne paie pas mon loyer, donc je dois faire d’autres choses à côté, principalement autour du triathlon pour créer un cercle vertueux.
Je réponds favorablement aux sollicitations par curiosité et par opportunisme. On me propose souvent des choses hyper intéressantes, comme cette interview. Cependant, j’ai eu beaucoup de mal à dire non, ce qui m’a porté préjudice. Je me retrouve avec un emploi du temps surchargé, au détriment de ma vie personnelle et parfois même de l’entraînement. C’est le revers de la médaille.
Au travail aussi, il y a plein de solutions pour transformer des contraintes en jeu.
Si tu avais un message d’optimisme à faire passer, quel serait-il ?
Un sujet sur lequel je réfléchis actuellement est la possibilité de faire entrer du jeu dans notre quotidien. Je me suis rendu compte que des entraînements difficiles passent mieux si on est entre potes, qu’on se chambre, que ça devient un défi. Je pense que c’est facile de transposer ça à tous les domaines de la vie. Si les corvées ménagères deviennent un jeu avec un chrono et des points, c’est plus ludique. Au travail aussi, il y a plein de solutions pour transformer des contraintes en jeu. On va plus facilement au travail ou à l’entraînement si on sait qu’on va s’amuser. C’est une motivation supplémentaire.