Optimisme et performance féminine : le parcours inspirant de Loréline Champ
Nom : Loréline CHAMP
Présentation : Mentore en performance féminine
Lien : https://www.linkedin.com/in/loreline-champ-performance-feminine/
Propos recueillis par Julien Russier le 2 décembre 2025
Julien RUSSIER – 1 – Je vais commencer comme avec tous mes invités par la première question : que représente pour toi le concept d’optimisme ?
Loréline CHAMP – J’aime bien commencer par le « ce n’est pas », donc par le négatif, et ensuite par le positif. Pour un peu désacraliser les choses, l’optimisme, ce n’est pas un positivisme forcé comme le « penser positif », la méthode Coué, qui est très efficace, mais il y a un moment où, à outrance, on se voile un peu la face sur la réalité. On se trouve un peu dans la fuite et dans le déni. Ce n’est pas non plus une injonction, parce qu’on entend souvent « allez, pense positif et tout se passera bien ». Ce n’est pas non plus une manière d’éviter l’effort car ça ne dispense pas d’agir et d’être dans l’action pour que les choses avancent. Ce n’est pas juste une façon de penser, il y a autre chose derrière.
Le vrai optimiste intègre l’incertitude, les aléas, les imprévus de la vie.
Il faut activer un peu nos forces, nos qualités et nos ressources pour faire évoluer les choses. L’optimisme n’est pas quelque chose de permanent non plus. On n’est pas forcément optimiste 100 % du temps. Ce n’est pas quelque chose de figé, c’est quelque chose qui se cultive. Et pour terminer sur la partie « ce n’est pas », j’ai envie de dire que ce n’est pas l’illusion que tout dépend de nous. On ne peut pas tout contrôler, et le vrai optimiste intègre l’incertitude, les aléas, les imprévus de la vie.
Donc en fait, tu viens de donner ta définition de l’optimisme : c’est celui qui intègre les aléas de la vie et qui vit avec.
Pour moi, c’est vraiment un réel état d’esprit. C’est un choix qui se fait consciemment, c’est-à-dire reconnaître la réalité telle qu’elle est à un moment donné, avec peut-être des obstacles, des difficultés, tout en ayant une posture tournée vers les possibilités, les solutions, les ressources qu’on peut trouver pour les dépasser. Il y a un état de fait ! Il y a une réalité qui est difficile à vivre. L’idée, ce n’est pas de se laisser submerger par tout ça, c’est d’accepter ce qu’on est en train de vivre et en même temps d’ouvrir le champ des possibles.
2 – J’imagine qu’il y a eu toute une histoire de vie derrière tout ça. Est-ce que tu peux nous retracer un peu ton histoire et ce qui t’a amenée à accepter ces difficultés-là et à devenir optimiste, ou au moins volontariste ?
Alors, mon histoire de vie : à la base, j’ai été musicienne professionnelle de haut niveau en flûte traversière. J’ai commencé à 7 ans et j’ai arrêté de jouer vers 2020, mais le côté haut niveau, où c’était une pratique intense, a bien duré 15 ou 17 ans. J’ai commencé à rencontrer des difficultés à l’âge de 15 ans. C’est toute la gestion du stress sur scène, qui m’empêchait de pouvoir jouer à 100 % de mes capacités, ou en tout cas le plus près possible de 100 %. Je pense que certaines personnes auraient abandonné, mais moi, j’ai essayé de trouver des solutions pour parer à ces difficultés parce que j’avais une conscience et aussi des retours extérieurs de mes professeurs qui me disaient que j’avais le potentiel de réussir des concours que je voulais présenter. Mais j’étais juste handicapée par le trac, par le stress. Heureusement, j’avais déjà une posture où je me disais qu’il y avait sûrement des solutions, et j’ai essayé de trouver des ressources externes pour en faire par la suite des ressources internes, qui sont la sophrologie et la préparation mentale.
Quelque chose dont tu te sers toujours aujourd’hui, mais tu nous l’expliqueras.
Je m’en sers, et ça a cheminé. Ça fait plus de 25 ans maintenant que j’ai découvert ça. Je me suis formée déjà à titre personnel, puis à titre professionnel pour la réussite de mes objectifs. Ensuite, je me suis vraiment formée pour pouvoir l’enseigner et le transmettre.
Et aujourd’hui, te sers-tu encore de la sophrologie pour toi-même ?
Sur le coup, il a fallu accuser le coup, mais très vite, je me suis dit que j’allais m’en sortir.
Oui, je m’en sers dans ma pratique du sport, parce que je pratique le trail et l’ultra-trail depuis 13 ans. Je fais pas mal de courses, j’ai mis pas mal de dossards, et j’ai retranscrit tous ces outils-là. Je les ai modélisés dans ma pratique du sport. J’ai pu accompagner beaucoup de musiciens, beaucoup de sportifs avec la sophrologie, les outils de préparation mentale et la PNL. Ça fait partie à la fois de mon hygiène de vie et de ma profession, et je suis toujours dans cette optique qu’il y a toujours des solutions. Je pense que c’est ça mon optimisme : il y a toujours des solutions. Parfois, elles sont à l’intérieur de nous, mais on ne le sait pas forcément. On a des ressources cachées. Et parfois, il faut aller trouver ces solutions auprès d’autres personnes qui sont qualifiées pour pouvoir nous les transmettre.
Pour continuer sur mon parcours de vie, j’ai eu des épisodes professionnels difficiles dernièrement. On en parlait justement en préparant l’interview : l’épisode du burn-out il y a un peu plus d’un an maintenant. Sur le coup, il a fallu accuser le coup, mais très vite, je me suis dit que j’allais m’en sortir.
C’est cette certitude que ce que je vivais, ce n’était pas pour rien. C’était pour rebondir et pour aller vers quelque chose d’encore mieux. Ce que je vivais était peut-être, malheureusement ou heureusement, nécessaire. On appelle ça la résilience, aller vers quelque chose d’encore mieux.
3 – Lors de ton burn-out, tu dis avoir été rapide à changer de prisme pour aller de l’avant rapidement. Chaque histoire est différente, évidemment, mais on peut le traîner longtemps, des mois, voire des années. Selon toi, qu’est-ce qui t’a permis d’aller aussi vite dans ta reconstruction ?
Je pense qu’il y a plusieurs choses. D’une part, je me suis arrêtée. Je pense qu’il y a des stades, malheureusement, comme une maladie : stade 1, stade 2, stade 3. Le médecin a fait ce qu’il fallait en m’arrêtant au premier. Je me suis écroulée physiquement, mentalement. Je n’étais pas très bien, mais je ne suis pas allée vers la dépression. La deuxième clé, c’est que j’ai eu des expériences personnelles plus dures que ça, où j’étais vraiment au fond du trou. C’est comme si j’avais un curseur personnel qui me permet de me dire : « là, par rapport à mon échelle de souffrance, ça va ! Ce n’est pas si pire par rapport à ce que j’ai vécu avant ». J’avais des références, des expériences passées qui me faisaient dire : « ce n’est pas si pire ».
4 – Tu parlais tout à l’heure d’ultra-trail et de ressources cachées. Alors, même si l’ultra-trail n’est pas tout à fait une épreuve de vie en tant que telle, quelles ressources cachées as-tu trouvées dans cette pratique ?
Tu dis que l’ultra-trail n’est pas une épreuve de vie ; peut-être à l’inverse, moi je vois la vie comme un ultra-trail. Je ne sais pas si on arrive à nommer des ressources vraiment spécifiques. Pour moi, je le vois vraiment comme une vraie thérapie. On n’est pas la même personne au début et à la fin d’un ultra.
Forcément, il y a la résilience, l’endurance. Cela paraît un peu bateau et commun par rapport à tout ce que vivent d’autres ultra-traileurs. Dans l’ultra-trail, on connaît des moments difficiles, et je pense qu’on ne peut pas y échapper. Mais je maîtrise à 100 % la situation dans le sens où je suis maître de ma course et des décisions que je prends. Je ne suis pas dans le fait de subir…Et toujours en référence avec mes expériences de vie, en me disant que ce que je suis en train de vivre là, c’est difficile physiquement, mentalement, parce qu’on en est au soixante-dixième kilomètre, mais c’est moi qui l’ai choisi.
C’est pour ça que j’adore le trail. Par rapport à toutes les autres situations, que ce soit personnelles, professionnelles, en musique, où finalement je ne choisissais pas, parce qu’à chaque fois, mes résultats dépendaient du bon vouloir d’un jury. J’étais dépendante de personnes extérieures qui choisissaient un peu mon avenir. Là, j’ai l’impression d’être dans la maîtrise ! Ça redonne du pouvoir, mais du pouvoir dans le bon sens du terme.
5 – Aujourd’hui, c’est toujours la course à la distance la plus longue, l’épreuve la plus difficile. Le but n’est pas de juger si c’est bien ou pas, chacun fait ce qu’il veut, mais pourquoi as-tu décidé un jour de t’infliger cette souffrance ?
Déjà, j’en fais moins maintenant. Je limite les dossards sur ce genre de distance. Le dernier, c’était en 2023, le prochain sera sûrement en 2027. Je ne suis jamais allée au-delà de 100 km, je n’ai pas fait de l’ultra type UTMB, Diagonale des Fous. Ce sont des distances qui, pour le moment, ne m’intéressent pas. Pour revenir à ta question, je pense que j’avais besoin d’en apprendre sur moi. De plus, les distances plus courtes sont trop rapides pour moi. Je me sens mieux sur la durée, je suis quelqu’un d’endurant et je m’exprime beaucoup mieux à partir de 50, 60, 70 km.
Tous nos lecteurs ne maîtrisent pas forcément la discipline de la course à pied ou de l’ultra-trail. Peux-tu préciser que signifie pour toi, s’exprimer dans le trail ?
C’est là où je vois mes capacités physiques, mentales. J’arrive à exploiter toutes ces ressources, toutes ces capacités, parce que je n’ai pas cette sensation d’être dans le rouge comme sur une courte distance où le cardio monte très haut. On travaille vraiment sûr de la gestion, et c’est quelque chose qui me convient.
Plutôt zone de confort ou dépassement ?
C’est relatif pour moi… C’est plutôt une question de confort, même s’il y a quand même du dépassement de soi au final. J’ai plus de mal avec la courte distance, la vitesse, qu’avec l’endurance. J’apprécie cette recherche de gestion et de trouver comment, à chaque fois, quels outils je peux mettre en place pour dépasser les difficultés.
6 – Tu disais tout à l’heure que tu voyais la vie finalement comme un ultra-trail. En quoi ces courses te permettent-elles d’être optimiste ?
J’ai eu un parcours tellement exigeant en musique de haut niveau que la course est un espace de libération où je m’exprime…
Pour moi, c’est un moment de plaisir. Je vois beaucoup de gens qui stressent autour de moi avant les courses, qui se mettent dans des états dingues. Pour ma part, j’ai eu un parcours tellement exigeant en musique de haut niveau que la course est un espace de libération où je m’exprime, je ne dépends de personne d’autre que moi, je fais ma course.
Les personnes qui ne courent pas, qui ne font pas de trail ou de marathon ne peuvent pas vraiment comprendre de quoi on parle. Ça paraît abstrait, en effet mais émotionnellement, on passe par des états… il faut le vivre pour comprendre.
7 – On va revenir sur ta vie professionnelle. Tu as fait de la flûte traversière, puis du coaching. Tu as ensuite travaillé en salariat, et après ton burn-out, tu reviens finalement au coaching. Saurais-tu nous expliquer les raisons de se retour à l’accompagnement ?
C’est ce qui m’anime tous les jours. Maintenant, je me suis centrée sur la cible féminine parce que c’est un projet qui me tenait à cœur depuis cinq ou sept ans et que je n’ai pas pu exploiter. J’aime innover et ce projet est assez innovant. On ne parle un petit peu, mais pas encore assez selon moi.
Je pense que je suis une grande curieuse et une grande chercheuse. J’aime trouver des solutions pour permettre aux personnes de se réaliser, de se dépasser et de mieux se connaître. J’ai vraiment cette appétence à faire avancer les autres.
8 – Est-ce si difficile de vivre du métier de coach aujourd’hui ?
…parce que les femmes ont beaucoup à apprendre sur elles.
Alors, ça dépend de la posture. Avant, j’avais monté mon entreprise de 2016 à 2022. Il y a eu le contexte sanitaire qui n’a pas aidé. J’accompagnais pas mal de musiciens, de sportifs et toutes les personnes avec un objectif de résultat : concours de médecine, agreg, objectifs professionnels très ambitieux… L’arrivée du COVID a interrompu l’organisation des compétitions, des concours, des examens… Tout mon cœur de métier s’est un peu écroulé, et je me suis retrouvée à accompagner des personnes en burn-out, en dépression. Certes, c’est très intéressant, mais ce n’est pas ce pour quoi je m’étais formée, ce pour quoi j’étais devenue préparatrice mentale et sophrologue. J’avais vraiment ma spécialité, dans laquelle je m’épanouissais d’une part, et dans laquelle j’excellais d’autre part.
Je parle au passé, je ne devrais pas, parce que je continue toujours actuellement. Aujourd’hui, mon cœur de cible sont les femmes, avec cette dimension du cycle hormonal qui est une donnée importante et qui me tient à cœur, parce que les femmes ont beaucoup à apprendre sur elles. J’éprouve beaucoup de satisfaction à accompagner aujourd’hui les femmes sportives, des leaders, des dirigeantes, des cheffes d’entreprise…
9 – Est-ce que ça te rend optimiste de voir les autres une fois que tu les as aidés ? Est-ce que ça marche à tous les coups ? Est-ce que, finalement, on a tous en nous une petite lueur, une petite flamme qui peut briller un jour et ressortir ?
Je pars du principe que chacun de nous est un bijou brut.
J’en suis persuadée. Je pars du principe que chacun de nous est un bijou brut. Il y a quelque chose au fond de nous qui ne demande qu’à s’exprimer, qui demande à émerger. Certaines personnes arrivent à exploiter ce potentiel intérieur. Pour d’autres, pour X ou Y raisons, à cause de croyances limitantes, de conditionnements, c’est plus compliqué. L’idée, c’est d’aider ces personnes à faire émerger toutes ces compétences, toutes ces aptitudes, et à pouvoir exprimer leur plein potentiel.
Et cela fonctionne-t-il ?
Oui, et c’est super agréable de voir les résultats. Pour certaines, ça sera du concret et pour d’autres, ça va être un épanouissement général, une réalisation de soi !
10 – Merci en tout cas pour toutes Tes confidences. Nous arrivons déjà à la dernière question de notre rencontre. A l’issue de ces échanges, quel message d’optimisme aimerais-tu faire passer aux lecteurs ?
Bonne question. La première chose qui me vient, c’est : « y croire ». Croire en soi, croire en la vie, se faire confiance. Ça paraît complètement bateau comme ça, je sais, mais c’est vraiment ça : l’optimisme, c’est y croire. C’est quelque chose qui se muscle, c’est comme le sport. C’est une hygiène mentale et ça s’entretient si on veut garder cette posture, trouver les ressources et pouvoir, je n’irais pas jusqu’à dire déplacer des montagnes, mais en tout cas, activer toutes nos ressources.