L’optimisme, une boîte à outils pour transformer sa vie : entretien avec une « bricoleuse de la vie »
Nom : Carole BENHAMOU
Présentation : Conférencière et managers trainer
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Propos recueillis par Julien Russier le 30 janvier 2026
Que représente pour vous le concept d’optimisme ?
Pour moi, l’optimisme est une magnifique boîte à outils qui me permet de vivre pleinement et positivement tout ce qui m’arrive, y compris les épreuves, et surtout de saisir les opportunités qui se présentent.
Une boîte à outils, c’est très intéressant. On peut dire que tu es une bricoleuse de la vie. Peux-tu nous expliquer un peu plus quelle est ta boîte à outils et dans quoi tu œuvres ?
C’est très joli, « bricoleuse de la vie ». Une cliente m’a déjà dit que j’étais un mélange entre la Fée Clochette et un couteau suisse, on retrouve cette idée de boîte à outils. Ce que j’aime dans l’idée de bricoler, c’est que l’on fait avec les moyens du bord. Au lieu de se dire « je n’ai pas le bon outil », on en trouve un autre ou on détourne un objet de sa fonction première. C’est souvent ce qui m’arrive dans ma propre expérience. Le bricolage, c’est aussi le « faire soi-même », ne pas attendre que l’autre fasse pour moi ni acheter tout prêt. C’est pourquoi je préfère écrire mes propres textes ou réfléchir à mes décors de théâtre, même si je n’y ai aucune expertise initiale. C’est en étant curieux et en explorant qu’on se crée ses propres compétences.
Mon approche consiste à faire avec ce que l’on a, non pas pour s’en satisfaire, mais pour l’optimiser afin d’obtenir ce que l’on veut. J’ai une double philosophie. La première : « Tu as déjà le non, donc va chercher le oui. » Si je ne demande pas, je n’ai rien. Quel risque je prends à essayer ? Aucun. La deuxième, c’est le « et pourquoi pas ? », qui est d’ailleurs le nom d’une de mes structures. Quand j’entends quelqu’un dire « ça, je ne peux pas », j’adore poser cette question. Elle vient percuter nos croyances limitantes, nos freins et nos peurs. La peur est un bon outil si on apprend à faire avec, en faisant un premier petit pas.
Quand on te dit non, est-ce un défi pour toi de chercher le oui, ou est-ce que l’optimisme c’est de croire que le oui est simplement possible ?
Quand je parle d’aller chercher le oui, c’est surtout pour contrer le non de l’inaction. Si tu n’oses pas demander, tu n’obtiendras jamais rien. Si tu demandes, tu n’es pas à l’abri d’obtenir un oui. L’idée, c’est d’aller chercher le possible. Si on te dit non, tu te retrouves simplement à ton point de départ, donc tu ne prends aucun risque.
Aurais-tu des exemples où tu as fait preuve d’une audace qui aurait pu paraître folle et qui s’est finalement concrétisée ?
Il y a quelque temps, je travaillais dans une agence événementielle. Un client cherchait un animateur pour un grand événement d’entreprise avec plus de 500 managers. Alors que je n’avais jamais fait ça, j’ai tout de suite dit : « Moi ! ». C’est devenu l’un de mes métiers phares pendant près de 15 ans.
Quelles sont toutes tes activités ? Ce côté « boîte à outils » se retrouve-t-il dans ton parcours ?
À l’origine, j’étais terrorisée à l’idée de faire un seul métier toute ma vie. Lors d’un déjeuner avec mon père avant mon bac, il m’a listé des carrières comme chirurgien ou architecte, et je lui répondais à chaque fois : « Je ne vais pas faire ça toute ma vie. » Il a fini par me conseiller une école de commerce, qui ouvre de nombreuses portes.
Avec le recul, je crois que mes choix ont été motivés par mes propres difficultés initiales : la communication relationnelle, la gestion des émotions, mon hypersensibilité et ma grande timidité. Tout ce que je fais aujourd’hui tourne autour de ces trois axes.
J’ai donc trois grands métiers. Le premier est l’accompagnement d’entreprises, notamment les managers, pour rendre leur quotidien plus fluide et efficace grâce à des outils concrets. Le deuxième est l’événementiel, où j’ai été directrice d’agence, conceptrice d’événements, et animatrice. Enfin, le troisième est le théâtre. J’ai été directrice d’un théâtre à Lyon pendant 15 ans, mais aussi comédienne, auteure et metteuse en scène. J’ai même réalisé un de mes rêves en créant le premier festival de théâtre francophone à Broadway.
Comment appliques-tu ta philosophie optimiste pour aider les managers à trouver plus de fluidité au travail ?
D’abord, il faut savoir que je suis une ancienne dépressive qui se soigne. J’ai expérimenté personnellement que l’optimisme s’apprend et s’entraîne comme un muscle.
En entreprise, ma première étape est d’écouter. Les managers sont souvent coincés entre une direction qui impose et une équipe qui exige. Il est essentiel de créer un espace de parole où ils peuvent exprimer leurs doutes et leurs souffrances. Je leur dis ensuite : « on a un bac à sable ». Plutôt que de rêver à un bac à sable plus grand ailleurs, voyons comment nous amuser avec celui que nous avons. Comment puis-je utiliser mes propres outils, collaborer avec mes voisins, et me défendre face à ceux qui pourraient me nuire ? Face à un patron difficile ou un collaborateur qui se plaint constamment, la question est : « on fait comment ? ». On se recentre alors sur notre zone de contrôle, ce sur quoi nous pouvons agir. Cela permet de passer à l’action et de ne pas se sentir impuissant.
Ce serait donc ça, le premier pas vers l’optimisme ? Se concentrer sur sa zone de contrôle ?
Exactement. La deuxième clé est l’enthousiasme. Plutôt que de se forcer à « être enthousiaste », je fais la différence entre « être enthousiaste » et « être un enthousiasmeur ». Il faut d’abord comprendre ce qui nous enthousiasme personnellement. Ensuite, au lieu de plaquer notre propre enthousiasme sur les autres, il faut chercher à comprendre ce qui motive chaque personne de notre équipe. En agissant sur leurs leviers personnels, on crée les conditions pour que leur propre enthousiasme émerge. C’est là qu’on devient un « enthousiasmeur ». C’est contagieux : quand on est enthousiaste, on passe de meilleures journées et on traverse plus facilement les galères.
Comment en es-tu arrivée à la Ligue des Optimistes ?
Il y a 15 ans, en pleine dépression, j’animais une convention pour EDF où j’ai interviewé Philippe Gabilliet, le fondateur de la Ligue des Optimistes de France. Curieuse et en difficulté, je me suis dit que ça ne pourrait pas me faire de mal. J’ai vu qu’il y avait des dîners à Paris et j’ai demandé quand aurait lieu le prochain à Lyon. On m’a répondu qu’il n’y en avait pas. Spontanément, je me suis entendue dire : « Ça vous ennuie si j’organise un dîner à Lyon ? ». Je suis ainsi devenue la première déléguée en région. Après une pause, la Ligue m’a recontactée il y a quelques années pour m’impliquer dans sa nouvelle structure, et j’ai accepté de rempiler.
Un des outils les plus puissants que j’utilise, issu de ma formation en PNL, est la recherche de la « troisième voie ». La vie n’est jamais noire ou blanche. Entre « je quitte mon boulot » et « je reste et je suis malheureux », il y a une multitude d’options : passer à temps partiel, intégrer une nouvelle activité passionnante dans l’entreprise, etc. Récemment, on m’a proposé de rejoindre l’équipe municipale de mon village, ce qui me demandait trop de temps. Au lieu de refuser, j’ai proposé de m’occuper uniquement de la communication. C’est ça, la troisième voie : ne pas perdre l’opportunité, mais l’adapter pour qu’elle nous fasse vibrer.
En une phrase, après cet entretien, comment pourrais-tu résumer l’optimisme pour nos lecteurs ?
Être un vrai optimiste, c’est regarder son bac à sable, accepter ses peurs, et agir quand même pour le meilleur.