Charles Napoli : Vision de l’Optimisme au Quotidien
Nom : Charles NAPOLI
Présentation : Animateur Radio – ICI Saint-Etienne Loire
Lien : https://www.francebleu.fr/emissions/le-dossier-du-jour-ici-saint-etienne-loire
Propos recueillis par Julien Russier le 14 novembre 2025
1- Et nous commençons toujours par la même question : que représente pour toi le concept d’optimisme ?
Je ne sais pas si c’est un concept ou une notion. Pour moi, un concept ce n’est pas forcément concret. La notion, c’est quelque chose que tu utilises, un peu comme en entreprise. Pour moi, l’optimisme de manière générale, ça doit être un moteur pour tout le monde. Ça doit être quelque chose qui te pousse. Quand tu es optimiste, tu te dis « ça va aller » et on va trouver des solutions aux problématiques.
Quand tu vois le verre à moitié vide, tu te dis : « Bon, de toute façon, le verre va se vider. » Donc pourquoi aller de l’avant ? Pourquoi continuer ? Pourquoi avancer ? Ça ne sert à rien. Et puis, c’est plutôt bien quand tu arrives souriant, même si ta journée n’est pas parfaite, que ta nuit n’a pas été parfaite, tu réponds « Oui, ça va, et toi ? » au lieu de « J’ai mal dormi. » L’optimisme enclenche aussi des choses, c’est vraiment une idée de moteur. C’est un truc qui te fait avancer.
2 – Et ce moteur, il te permet d’aller où ?
Au bout de la journée, déjà. Simplement. Je fais un métier où tu ne peux pas arriver un matin, comme un comptable par exemple, et dire « aujourd’hui, j’ai mal dormi, je suis fatigué, ne me prenez pas la tête, je fais mon truc dans mon coin ». Tu arrives à l’antenne, il faut que tu sois au taquet. Donc si tu n’es pas un peu optimiste en te disant « j’ai mal dormi mais je dormirai mieux ce soir, je vais me prendre un bon café et on va bien rigoler, je n’ai pas le goût mais ça va venir », comment veux-tu transmettre de la bonne humeur ? Pour moi, l’optimisme, ça crée de la bonne humeur. Si tu fais un focus sur ta journée où il fait moche, il y a du vent, tu as un voyant qui s’allume sur ta voiture, tes essuie-glaces patouillent, il faut les changer, ça fait deux mois que tu n’es pas allé chez le garagiste, ta journée va être très mauvaise. Si au contraire, tu te dis « tiens, je vais me noter de prendre rendez-vous au garage, et puis ça va se passer, on va prendre un bon café », cela t’aide à te dire que ça va aller et que tu vas y arriver. Donc je ne sais même pas si c’est le moteur, mais c’est au moins le tour de clé qui fait démarrer le moteur.
J’ai l’optimisme de me dire que peut-être, on peut faire des trucs bien.
Si on prend du recul à l’échelle de l’univers. L’univers, c’est quoi ? C’est un truc qui est infini et en expansion. Moi, j’ai du mal à comprendre. Si c’est infini, ça ne peut pas être en expansion pour moi, cartésien, petit mortel que je suis. Si tu n’es pas un peu optimiste, tu te dis « Ok, on vit 80 ans dans un univers qui en a plusieurs milliards et qui en aura plusieurs milliards derrière », donc ce n’est même pas un éclair dans un orage. Tu imagines le truc ? Si tu n’es pas optimiste, pourquoi tu te lèves le matin ? Si de toute façon on naît, on meurt, on ne laisse rien derrière nous, on ne sert à rien. Moi, j’ai l’optimisme de me dire que peut-être, on peut faire des trucs bien. Sans dire « c’est grâce à moi », mais des trucs qui, collectivement, vont faire avancer les choses.
Je ne sais pas si c’est Dieu, une puissance souveraine, les Illuminati, mais j’ai l’optimisme de me dire que peut-être que derrière, au bout, quand tu passes de l’autre côté, il y a quelque chose. Ou peut-être pas. Peut-être qu’on est complètement vain et qu’il n’y a aucun sens à tout ça. Mais moi, j’aime me dire qu’il y a peut-être un sens.
3 – Quand on t’écoute, on a l’impression que tu as envie de faire le bien. On a l’impression que tu le vis comme une mission. Saurais-tu me dire s’il y a un point d’origine à cela ?
Quand tu prends la vie de tous les jours, tu arrives au bureau, tu t’installes et tu as un collègue qui arrive avec un sac en papier rempli de croissants et de pains au chocolat. Ce n’est rien du tout, c’est quoi ? Cinq ou six euros ? Ça fait plaisir ! Et je me dis, moi j’aime bien quand il y a ces petites attentions, pourquoi moi ne les ferais-je pas aussi ? Tu récoltes ce que tu sèmes. Si tu es gentil, les gens seront plus facilement gentils avec toi.
Donc sans dire « je veux absolument faire le bien », tu as envie d’être quelqu’un de bien. À part peut-être le Joker, tout le monde a envie d’être quelqu’un de bien et de faire des trucs sympas. Puis quand tu vois des sourires autour de toi, quand tu vois de la bonne humeur, c’est quand même mieux que de voir des gens qui tirent la tronche à longueur de journée. Oui, si on peut faire le bien, pourquoi pas ?
On a peut-être besoin de se dire « on va souffler un peu ».
4 – Tu me dis que tout le monde, en soi, a envie de faire le bien. En es-tu convaincu ?
Entre nous, je pense qu’il y a des gens qui prendraient quand même du plaisir à faire chier tout le monde. On a quelques exemples dans l’histoire dont on n’utilise plus leurs prénoms, les Adolf, les Benito, tout ça, il y en a très peu. Eux, est-ce qu’ils voulaient faire le bien ? Est-ce qu’ils avaient la notion du bien ? C’est autre chose. Après, moi j’aime bien parce que quand tu apportes quelque chose de positif à quelqu’un, tu sens qu’il y a du bonheur, de la joie qui passe.
Quand on allume le téléphone et qu’on voit les notifications, c’est lourd en ce moment. D’ailleurs, les catalogues de Noël sont sortis depuis le début du mois de novembre, tu vois les téléfilms de Noël depuis la Toussaint ! C’est bien le signe qu’on a envie d’avoir de la joie. On a peut-être besoin de se dire « on va souffler un peu ».
5 –As-tu toujours été optimiste à distribuer du bien ? Même quand tu étais jeune ?
Très honnêtement, quand je me lève le matin, je ne me dis pas « comment je vais faire le bien aujourd’hui ? ». Mon objectif premier dans la vie, si tu veux tout savoir, c’est qu’un jour ma fille me dise « je suis fier de toi, papa ». Parce qu’on dit toujours « il faut que papa soit fier de toi ». Mais je ne serai pas toujours là. Et un jour, il faudra que ma fille soit fière d’elle. C’est plus difficile d’être fier de soi-même. Et le boss ultime, le boss final, ce serait que ma fille me dise « papa, je suis fier de toi. Ce que tu as fait, c’est bien. » Alors je caresse l’espoir que ma fille me regarde avec des étoiles dans les yeux en me disant « c’est bonnard ce que tu as fait, bravo ».
Tu pars avec un handicap dans la vie, on te dit « toi, il faut tout miser sur le cérébral ».
Après, d’où ça vient ? J’ai commencé ma vie avec un truc qui n’arrive pas à tout le monde. J’ai fait un AVC avant ma naissance, ce qu’on appelle un AVC in utero. Ma mère, qui était enceinte, a fait un malaise, et j’ai eu un caillot de sang dans le cerveau. C’est possible, puisque tu es déjà vivant avant de naître, dans le processus de la vie. Donc j’ai une hémiplégie. Tu pars avec un handicap dans la vie, on te dit « toi, il faut tout miser sur le cérébral ».
Quand tu as un bras qui ne fonctionne pas bien, tu ne seras pas menuisier. Ou alors, tu ne seras pas meilleur ouvrier de France. Ce n’est pas toi le premier qu’on choisit dans les équipes à l’école. Donc tu te dis « qu’est-ce que je peux faire pour que ce soit cool ? ». Et je pense que ça vient de là.
Je développe beaucoup d’empathie. Je vois un petit chaton tout seul dans la rue, ça me donne envie de pleurer. Je pense qu’il y a cette hypersensibilité qui me domine.
Par ailleurs, dans l’univers, il y a plusieurs milliards d’étoiles, donc de soleils. Autour de chaque soleil, il y a en moyenne deux planètes qui tournent. Nous ne sommes peut-être pas les seuls. Sur l’échelle de l’univers, il y a plusieurs milliards de galaxies, donc imaginons le nombre de possibilités. Mais nous, qu’est-ce qu’on fout là au plein milieu, comme des cons à changer d’heure deux fois par an en se disant que c’est mieux ? Dans l’immensité du truc, autant faire le bien, autant se marrer ! Autant dire « viens, on va prendre un café, on va rire ensemble ». On a appris à faire du café, autant le boire. On a appris à rigoler, pourquoi on ne rigolerait pas ? Je me dis que c’est ça, le truc. On ne sait pas pourquoi on est là, on ne sait pas pour combien de temps. Si on commence à passer notre temps à se taper dessus, comme dans les pays en guerre où les gens, de leur naissance à leur mort, ne connaissent que le bruit des bombes… Nous, on a la chance de ne pas avoir ça. Autant passer un bon moment. Autant faire le bien. Une petite mamie qui a du mal à porter ses courses, ça fait quoi de prendre un sac ? Tu perds cinq minutes dans ta journée.
Je pense que l’optimisme, la sympathie, la gentillesse, ça ne coûte pas bien cher. Tu as des gens qui sont un peu… les Tatie Danielle ! Ils déploient beaucoup d’énergie à grogner alors que juste un petit sourire, un petit signe de la main, ça leur ferait déjà du bien à eux-mêmes.
Alors d’où ça vient finalement ? Je pense que ça vient de difficultés au départ, où tu te dis « partant comme ça, autant être cool ».
6 – Depuis tout à l’heure, tu parles beaucoup d’optimisme vis-à-vis des autres. Penses-tu que c’est une affaire de collectif ?
Nous sommes des êtres sociaux. Nous sommes faits pour vivre en collectivité. Je fais de la radio, j’adore rencontrer des gens, comme on discute. C’est un vrai kiff. Il est vrai que parfois j’apprécie être seul chez moi, me dire « je vais mettre une petite série » ou faire autre chose, rester en caleçon toute la journée sur le canapé, ne rien faire. C’est cool aussi.
Ça coûte quoi de dire ça ?
Mais nous vivons en société et cela implique des responsabilités selon moi. Quand tu arrives à la caisse au supermarché, il est 19h30, la caissière est ici depuis cinq heures et demie ou six heures, il lui reste une demi-heure à faire et tu as la petite dame qui paie tout en pièces… Tu compatis, tu souris puis lorsque c’est ton tour, tu lui dis « merci, bonne journée, bonne fin de service ». Ça coûte quoi de dire ça ? Peut-être que tu es la première personne qui remarque cette caissière de toute la journée. Tu imagines l’impact positif que cela peut avoir ?
7 – J’insiste, tu parles encore des autres. Souffres-tu ou as-tu souffert, à un moment donné, d’un certain manque ? Ce petit « passe une bonne journée » ou ce petit « bonne fin de service »…
Ça ne m’a pas marqué. Mais tu sais quoi ? Je pense qu’on est aussi des êtres égoïstes, on pense à nous. Je pense qu’en fait, quand on dit « il ne faut pas être égoïste », ce n’est pas vrai, il faut être égoïste. Soyez égoïstes ! Parce que quand tu es égoïste, tu penses à toi. Tu vois ton intérêt dans les choses. Si tu ne vois pas ton intérêt, tu n’as pas de raison de les faire. Quand tu vois ton intérêt à faire les choses, ça te donne une raison en plus de le faire, et ça te fait avancer. « Tiens, je vais souhaiter bon courage à ma caissière, faire un petit signe de la main. Peut-être que la personne sera contente, mais moi, je suis content si je rends quelqu’un content. » C’est gratifiant ! Le mec, grâce à moi, il sourit ! C’est comme les humoristes : quand tu remplis une salle et que tu as une salle entière qui se marre : « ces gens-là, grâce à moi, ils rigolent. » Tu es content toi aussi je suppose !
Si je n’étais pas égoïste du tout, est-ce que je serais aussi bon ?
Je suis animateur radio. Je travaille dans le service public, je suis payé avec votre TVA. Effectivement, je fais le travail pour vous. Mais finalement, pourquoi je fais de la radio ? Parce que j’aime ça. Si je n’aimais pas faire de la radio, je le ferais moins bien. Donc le service que je rends, je le rendrais moins bien. Si je n’étais pas égoïste du tout, est-ce que je serais aussi bon ? Le fait d’être égoïste, ça nous pousse aussi à bien faire les choses.
8 – Je trouve ça très intéressant d’assumer le fait que même la personne la plus humaniste et la plus altruiste se nourrit aussi égoïstement elle-même à faire le bien, et ce n’est pas un mal. J’ai déjà eu des confrontations avec des gens qui n’arrivaient pas à entendre ça, et moi, je suis intimement convaincu de cette part d’égoïsme. Quel est le chemin qui t’as permis de le comprendre et de l’assumer ?
J’ai fait un bac littéraire. C’est dommage parce qu’on commence la philosophie en terminale. Tu as des pays, je crois que c’est au Canada, où ils commencent dès la maternelle : la vie, la mort, qu’est-ce qu’il y a avant, qu’est-ce qu’il y a après. En France, la philosophie est trop poussée en fin de lycée par rapport à l’échelle de la scolarité.
Je me suis alors dit que c’est quasiment impossible de faire quelque chose UNIQUEMENT pour autrui. On le fait toujours, même à un petit degré, parce qu’on y trouve un intérêt. Moi, je suis égoïste. Aujourd’hui, je fais de la radio parce qu’un jour j’ai essayé et j’ai ressenti quelque chose se passer dans mon corps, dans ma tête. Aujourd’hui, c’est mon métier, et quand je pars en reportage, j’y mets tout mon plaisir, tout mon cœur parce que j’aime ça. Si tu n’aimes pas ce que tu fais, si tu ne trouves pas un intérêt personnel à ce que tu fais, tu ne peux pas bien le faire. Dans nos sociétés, dans nos façons de faire, je pense que l’égoïsme est important.
9 – Alors selon toi, pourquoi est-ce tellement mal perçu ? Pourquoi est-ce un gros mot de dire « je suis égoïste » ?
Je ne sais pas. Je pense c’est sociétal. On dit que c’est important de penser aux autres, de faire le bien autour de soi, mais regarde : dans toutes les actions de bien, tu as quand même un intérêt personnel, il faut l’assumer. Tu as des gens qui vont rentrer dans des associations pour faire le bien, des gens qui vont donner de l’argent pour faire le bien, mais parce que tu y trouves un intérêt personnel. « C’est toi qui as donné pour refaire le toit de l’église ! » « Les Restos du cœur ! » Bravo, bel engagement. Et de l’autosatisfaction, bien sûr ! Et ça, c’est important de ne pas l’attendre des autres.
Toi, tu es chef d’entreprise, donc tu embauches des gens. Finalement, tu donnes du travail, donc tu fais le bien autour de toi. Mais tu as un salaire à la fin du mois. C’est aussi dans ton intérêt d’embaucher ces collègues, parce que c’est ce qui va rapporter. Et puis de temps en temps, tu vas pouvoir dire : « Bon les gars, on a bien bossé, vous avez tous une prime exceptionnelle pour Noël. » Tu es content de le faire, mais tu peux te dire d’une certaine manière que c’est un peu grâce à toi. C’est égoïste mais est-ce mal pour autant ?
Être extrémiste de l’égoïsme, ce n’est pas une bonne posture.
C’est comme tout dans la vie, il ne faut pas abuser. C’est comme l’alcool : un bon verre de vin de temps en temps, ça fait du bien. Une bouteille entière tous les jours, à long terme, ce n’est pas forcément très recommandé. L’égoïsme, c’est pareil. Penser un peu à sa gueule de temps en temps, se dire qu’on le fait parce qu’on y a un intérêt, je n’y vois pas de mal. En revanche, ce n’est plus de l’égoïsme quand tu vas trop loin. C’est de l’excès. Et les extrêmes, ce n’est jamais bon. Être extrémiste de l’égoïsme, ce n’est pas une bonne posture.
10 – Merci pour tous ces partages. J’en arrive à ma dernière question. À l’issue de nos échanges, quel message aimerais-tu faire parvenir aux lecteurs par rapport à l’optimisme ?
Soyez égoïstes ! Pas trop ! C’est difficile, parfois il y a des moments dans la vie où tu n’as pas envie de sourire. Nous, on discute comme ça, mais on est dans un bureau chauffé ou climatisé, il y a la lumière, l’eau, nous buvons un bon café, il y a du sucre si on veut, on a tout ce qu’il faut. Nous avons des vies où on est équilibrés. Mais je peux concevoir qu’il y a des gens qui sont dans une merde noire et qui se disent : « Là, c’est chaud. » En reportage, j’ai vu des gens chez qui tu rentres et tu les vois vivre dans la pauvreté. Et ce sont eux les plus généreux, qui vont donner le plus de choses, qui vont partager le plus, qui sont moins égoïstes justement, et qui sont paradoxalement hyper optimistes.
Je pense que l’optimisme se cultive. J’ai perdu ma maman il n’y a pas longtemps. A ce moment-là, tu n’es pas joyeux, tu n’es pas « feel good ». Et alors je me suis mis à espérer que de là où elle est, elle n’a pas de souffrance. Elle est bien… J’ai plein de bons souvenirs, d’anecdotes et j’espère que moi aussi, je vais laisser de bons souvenirs comme ça. Nous avons besoin d’être positif parce que c’est nécessaire pour avancer.
Le tout, ce n’est pas d’avoir la voiture et le moteur, il faut mettre la clé dans le contact la tourner. L’optimisme, c’est de toujours chercher ce qui peut nous faire sourire. Ces petits trucs où on se dit : « Un jour, ça ira mieux. » Ce n’est pas forcément facile à voir partout, tout le temps, mais c’est quelque part, pas loin.