Optimisme d’action en joaillerie : management par les solutions, agilité face à la hausse de l’or et énergie contagieuse
Nom : Mathieu TOURNAIRE
Présentation : PDG Joaillerie TOURNAIRE, Directeur Artistique…
Liens :
https://www.philippetournaire.com/
Propos recueillis par Julien Russier le 4 février 2026
Que représente pour vous le concept d’optimisme ?
L’optimisme est essentiel pour avancer. Sans lui, on sombre dans la dépression et le négativisme. En tant que chef d’entreprise, créateur ou entrepreneur, l’optimisme est un véritable moteur. Il permet de se mettre en mouvement et de ne pas rester bloqué face aux difficultés.
J’essaie de m’en servir au quotidien, même si je dois parfois me le rappeler. Ma femme, très optimiste et dynamique, m’inspire : elle se lève avec le sourire et ça donne le ton. L’optimisme n’est pas seulement un état d’esprit, c’est aussi quelque chose qui se cultive. Certains y sont plus enclins que d’autres, mais il faut parfois se donner un coup de pied aux fesses pour le rester. Et surtout, c’est contagieux : la bonne énergie se transmet.
Pourquoi pensez-vous que l’on vous recommande pour parler d’optimisme ?
Ça me fait plaisir d’être perçu comme « optimiste ». Le contexte n’est pas simple depuis le Covid : crise sanitaire, guerre en Ukraine, droits de douane, et désormais une hausse spectaculaire du cours de l’or. Face à tout ça, je veux rester positif. Charles NAPOLI m’a sans doute recommandé après avoir constaté que je cherche toujours des solutions plutôt que de m’attarder sur les problèmes. J’encourage mes équipes à venir avec des débuts de solutions, pas seulement avec des sujets à régler. On est trop souvent habitués à être maternés ; or, c’est l’action qui nous met bien, qui nous rend positifs et créatifs.
Comment avez-vous mis en place ce mode de management orienté solutions ?
Je ne suis pas les effets de mode du « management bienveillant » ou autres tendances. Ce fonctionnement est naturel chez moi : je ne suis pas autoritaire et je crois à la réflexion collective. Plusieurs cerveaux valent mieux qu’une tour d’ivoire. Cela dit, tout le monde n’est pas à l’aise avec le manque de cadre que cela implique : certains adorent réfléchir, d’autres préfèrent être davantage drivés. Je gère au cas par cas.
On ne peut pas demander l’avis de tout le monde sur tout, mais j’échange surtout avec les personnes aux postes clés. Les avis des non-managers me remontent via leurs responsables. J’aime solliciter les expertises, et aussi les regards transversaux : une idée de communication peut venir de la production, une idée commerciale de l’atelier. Ce croisement d’idées est souvent très fertile.
Quelle est la tendance sur votre marché, et quel est l’état d’esprit des équipes ?
Le marché de la joaillerie en Europe n’est pas bon. En 2025, beaucoup de bijoutiers enregistrent un fort retrait du chiffre d’affaires, en raison d’une crise économique et d’un pouvoir d’achat en baisse. Le bijou est une dépense non essentielle. Malgré cela, nous progressons légèrement par rapport à l’année dernière, quand le marché recule de 10 à 40 %. Les perspectives restent floues : barrières commerciales, droits de douane, et un cours de l’or qui a bondi de près de 120 % en deux ans (de 60 000 en janvier 2024 à 137 000 euros ce matin).
Face à cela, deux voies : se laisser aller au défaitisme et basculer vers la fantaisie, ou chercher des solutions positives pour continuer à aller vers le haut. J’ai récemment réuni mes managers pour co-construire des réponses à tous les niveaux, afin de continuer à vendre et à mieux s’en sortir que les autres.
Notre force, c’est l’agilité d’une petite structure (environ 40 à 50 personnes) avec un outil de production en interne. On n’est pas une simple marque : on détient le savoir-faire. Sortir une nouvelle collection est rapide, ce qui nous permet de nous adapter aux variations du marché et à la hausse de l’or. Cette agilité me donne le moral : nous savons prendre des virages plus vite. Nous diversifions aussi, par exemple avec des objets décoratifs en bronze, nés d’une envie créative plus que d’une contrainte. Ces « chemins de traverse » nourrissent le chiffre d’affaires et l’inspiration.
Êtes-vous le même optimiste à la maison ?
Je ne sais pas si je suis un optimiste né, mais je suis quelqu’un de très orienté action. À la maison, on est hyper actifs, on fait mille choses. Rester immobile nous pèse, alors on bouge. L’action empêche le pessimisme de s’installer. Est-ce une fuite en avant ? Peut-être. Mais on n’a pas le temps d’être triste ou déprimé. J’appelle ça un optimisme d’action. Et j’ai la chance d’être avec une femme optimiste par nature, qui me tire vers le haut. Les moments de déprime ne durent jamais plus de 48 heures : on se remonte les manches, et on repart.
Quel rôle joue votre épouse dans cet optimisme ?
Elle compte beaucoup. Son sourire au réveil, son dynamisme, ça donne le ton. Elle travaille avec moi comme responsable de la production, au cœur de l’atelier, et insuffle une belle énergie aux équipes. Moi, je ne suis pas toujours sur place ; elle, oui, et ça fait une vraie différence au quotidien.
Travailler en famille : atout ou défi ?
Les deux. La confiance est forte, on se connaît très bien. Mais quand l’entreprise traverse des difficultés (humaines, économiques, organisationnelles), le sujet rentre à la maison. La frontière entre vie pro et perso est perméable. On vit pour le travail, même si on préserve des moments avec les enfants. C’est notre métier, mais aussi une passion et une histoire familiale. On ne gère pas une industrie de boulons : on porte un patrimoine créatif. La porosité est réelle, et on l’assume.
Si vous deviez résumer l’optimisme en une phrase clé pour nos lecteurs ?
Dans la vie, il y a ceux qui parlent et ceux qui font : choisissez le camp de ceux qui font. On s’y éclate beaucoup plus, on est mieux avec soi-même, et on fait du bien autour de soi — dans l’action, avec respect.