Pascal SENECLAUZE : L’optimisme en entreprise – confiance et audace
Nom : Pascal SENECLAUZE
Présentation : Dirigeant OLIVO COLD LOGISTICS
Lien : linkedin
Propos recueillis par Julien Russier le 16 décembre 2025
Que représente pour toi le concept d’optimisme ?
Je ne savais pas que l’optimisme était un concept ! Pour moi, un optimiste, c’est quelqu’un qui a la foi. Cela peut être mal interprété, mais la foi, c’est croire. C’est croire certainement en les gens, même si cela peut paraître compliqué parfois, et croire que l’être humain est précieux. C’est aussi croire que c’est faisable. Face à n’importe quel sujet, n’importe quelle montagne, c’est de se dire que c’est possible, ou du moins d’avoir envie de le faire. Si on part en disant « de toute façon, je n’y crois pas » ou « on va dans le mur », c’est l’inverse de l’optimisme.
Est-ce que toi, tu te considères comme optimiste ? As-tu des exemples personnels ou professionnels où tu as eu besoin de cet optimisme pour avancer au-delà des freins ?
Oui, je crois que je suis optimiste. On pourrait discuter du lien entre l’optimisme et la confiance en soi, mais je pense à une chose précise : la confiance en sa bonne étoile. J’ai confiance en la mienne. D’où cela vient-il ? Est-ce génétique, éducatif ou lié à l’expérience ? L’expérience joue certainement. À 18 ans, j’étais heureux, mais je ne sais pas si j’analysais cela comme de l’optimisme.
Professionnellement, en tant qu’autodidacte, le bonheur de ma vie a été de monter dans les trains qui passaient. Je connais des gens, même très proches, qui ne montent jamais dans les trains, et je ne comprends pas ce qui bloque ce choix. Il y a plein de trains qui passent, mais à un moment donné, il faut de l’optimisme pour se dire : « Tiens, je monte dans celui-ci. »
Est-ce que tu as des exemples à partager sur ces « trains » que tu as pris et que tu aurais pu ne pas prendre par facilité ?
Le sujet Olivo en est un parfait exemple. Ma femme m’avait demandé d’aller au mariage d’une de ses cousines. Je n’étais pas très chaud, mais c’était le premier pas, le premier petit train. Je me suis retrouvé assis à côté d’Hélène Olivo. J’ai eu envie de parler avec elle, nous nous sommes trouvé des points communs et sa personnalité ainsi que son métier m’ont attiré. Elle m’a fait une ouverture très sommaire, mais c’était la porte d’un train dont j’ignorais la destination.
C’est la curiosité, qui est à mon avis une des bases de l’optimisme, qui m’a poussé à lui écrire pour lui dire ce qui me plaisait et ce que j’avais envie de faire. Il fallait une dose d’optimisme pour risquer de « prendre une claque » ou de la voir rire, ce qui a été un peu le cas au début. Elle m’a répondu que cela coûtait trop cher et que c’était impossible, mais elle n’a pas fermé la porte. Je ne m’étais pas fixé comme stratégie de racheter la boîte dès le début, mais ma curiosité et l’envie d’aller plus loin m’ont guidé. Je sentais qu’il y avait une opportunité, une lumière au fond.
Dans mon entourage, beaucoup me disaient : « Arrête, elle ne vendra jamais », ou plus tard : « Tu fais une connerie, c’est risqué ». Résister à ces oiseaux de mauvais augure, maintenir sa propre réflexion et y aller malgré les mises en garde, c’est cela, l’optimisme.
Est-ce de l’optimisme ou de la folie ?
J’allais ajouter le mot « optimisme inconscient ». Si tu es trop conscient, que tu regardes les informations en te disant que tout va mal, tu es mort. Il ne faut pas nier que le monde de l’entreprise et les relations humaines sont compliqués, mais il faut peut-être un grain de folie. Pas de l’inconscience, mais cette folie qui permet aussi d’aimer passionnément.
Dans un contexte industriel parfois compliqué, comme cette année, comment traverses-tu ces étapes ? En quoi ton optimisme et ton grain de folie t’aident-ils au quotidien ?
Cela m’aide à résister. Même un optimiste peut avoir des moments de découragement, se demander « à quoi bon ». Mais deux choses sont nécessaires : un peu de folie et surtout le sens des responsabilités. Tu n’es pas tout seul, tu as embarqué des hommes avec toi.
Je prends souvent l’exemple de la montagne. Quand on part faire un circuit, on passe par des sommets et des cols. Parfois, c’est dur, on a envie de faire demi-tour. Mais on se dit : « Allez, je mets un pied devant l’autre, je fais des petits pas, je suis moins ambitieux dans l’immédiat », et ça passe. L’optimisme demande de ne pas être dans la précipitation, de se donner du temps. Si on panique et qu’on veut tout régler dans la seconde, on accélère l’enfermement et on se prend le mur.
Tu es donc en train de dire que l’optimisme n’empêche pas d’être rationnel.
Exactement. L’optimisme, ce n’est pas vivre au pays des merveilles où tout est magnifique. C’est avoir conscience de la réalité parfois difficile, mais refuser de croire que c’est le seul reflet du monde. Tout dépend de ce que l’on veut regarder. C’est comme un pilote de course sur glace : s’il regarde l’arbre qu’il risque de percuter, il va le percuter. Il doit regarder là où il veut aller, loin devant. C’est ça, l’optimisme : voir la sortie et la direction.
En termes de management, quelle posture adoptes-tu face aux problématiques pour embarquer tes équipes ? Es-tu plutôt rationnel ou essaies-tu de transmettre cet optimisme ?
Je ne sais faire que d’une manière : démontrer et ressortir la vision positive d’un problème. Face à un collaborateur qui dit « c’est impossible », « cette machine ne marche pas », mon rôle est de ramener du positif : « Tiens, on va pouvoir modifier la matière, etc. ». Une grande partie de l’énergie d’un dirigeant consiste à positiver une vision désespérée.
L’autre sujet important, c’est de dire : « Faites-moi confiance, on va régler ça. » Récemment, face à des tensions internes, j’ai dit à mes gars de faire leur travail, d’avoir une relation irréprochable et de me laisser gérer le reste. Pour dire cela, il faut croire que la solution est possible. Enfin, il y a l’exemplarité. Un patron doit avancer et montrer cet optimisme.
Tu disais que l’optimisme, c’est croire en l’humain. Est-ce facile de garder cette foi quand on dirige une entreprise et qu’on doit gérer des conflits ou des déceptions ?
Croire en les hommes, c’est d’abord se dire que la relation humaine vaut le coup. Je dois ma carrière professionnelle à des gens qui m’ont fait avancer, comme Hélène Olivo. C’est les autres qui nous font grandir.
Je pense aussi, et cela peut paraître délirant, que l’homme est naturellement bon. Ce sont les conditions dans lesquelles on le met qui permettent ou non de faire ressortir ce bon côté. C’est complexe, car il faut aussi que la personne ait envie d’adhérer au projet d’entreprise. Si elle est là uniquement en tant que consommateur, ça ne marche pas. Il est parfois difficile aujourd’hui de faire partager une aventure un peu générale ; les gens demandent souvent des objectifs très clairs et immédiats.
Tu parlais de confiance en soi et de confiance en son étoile. Ces deux notions sont-elles indissociables ? En tant que dirigeant, as-tu pour rôle d’aider tes collaborateurs à avoir confiance en eux, d’être un peu leur bonne étoile ?
Pour moi, l’étoile, c’est soi. C’est peut-être prétentieux, mais je pense que nous sommes tous des étoiles. Avoir confiance en son étoile, c’est avoir confiance en soi et en sa capacité, ce qui s’acquiert avec le temps et l’éducation. Il faut s’entraîner tôt à « prendre des trains ». Une éducation trop protectrice peut empêcher de construire cette confiance.
Quant à mon rôle, je sais que je dois beaucoup à certaines personnes qui ont croisé ma route. Si aujourd’hui, des gens peuvent dire « Pascal m’a permis de faire un bout de chemin et m’a ouvert les yeux », c’est le rêve ultime. C’est une façon de rendre ce que la vie m’a offert. Mon inconscient agit sans doute dans ce sens.
À l’issue de tous nos échanges, quel message d’optimisme aimerais-tu faire passer aux lecteurs ?
Sans déconner, la vie est compliquée, mais elle est belle. Nous avons la capacité de la rendre belle. Tout dépend où l’on porte notre regard. Si on le fixe sur l’arbre ou sur les mauvaises nouvelles, c’est foutu. Mais si on regarde plus loin, vers les hommes et les projets, on rend la vie plus belle. C’est ça, l’optimisme.