Le gène de l’optimisme, entretien avec Yann SLODCZYK
Nom : Yann SLODCZYK
Présentation : vice-président de la Ligue des Optimistes
/ association nationale qui s’est donné une tâche il y a une quinzaine d’années : développer l’optimisme des Français
Liens :
https://www.linkedin.com/in/yann-slodczyk/
https://www.liguedesoptimistes.fr/
Propos recueillis par Julien Russier le 4 novembre 2025
1 – Que représente pour toi le concept d’optimisme ?
Pour moi, plusieurs choses. Le premier mot qui me vient, c’est la confiance. Pour moi, l’optimisme, c’est la confiance en soi. Contrairement à l’idée d’égoïsme qui ne me plaît pas beaucoup, je parle plutôt d’introspection, de bien se connaître. C’est important pour aider les autres, pour avoir un impact vis-à-vis des autres. Il faut évidemment à la fois s’accepter, bien se connaître, connaître ses qualités et aussi, accessoirement, ses défauts. L’optimiste, en tout cas, travaille fortement sur ses qualités. Le pessimiste voit beaucoup ses défauts, il se pose beaucoup de questions et il n’avance pas. Pour moi, l’optimisme c’est la confiance en soi, en les autres et en l’avenir.
En France (…) il y a énormément de choses positives qui se passent tous les jours.
Ensuite, ma vision de l’optimisme, c’est d’être porteur d’enthousiasme, de bonnes nouvelles. Je m’efforce de le faire, car plein de gens font l’inverse et nous parlent de toutes les mauvaises nouvelles tous les jours. L’optimisme, c’est un peu comme la SNCF : il y a des gens qui parlent toujours des 10 % de trains qui n’arrivent jamais à l’heure, et bien moi, je parle toujours des 90 % de trains qui arrivent à l’heure, c’est-à-dire des choses extraordinaires qui se passent.
En France, au niveau des associations, des individus, des collectivités, il y a énormément de choses positives qui se passent tous les jours. Hélas, on n’en parle pas assez, mais grâce à toi, on va sans doute en parler un peu plus. Il y a d’autres médias positifs qui commencent à émerger. Il y en a un qui me vient en tête, que tu connais peut-être, qui est une radio qui diffuse de l’information 100 % positive : AIR ZEN Radio. Je vous invite à écouter cette radio qui a été créée par une femme à Bordeaux il y a trois ans et qui est aujourd’hui la première radio en téléchargement de podcasts. C’est extraordinaire ! Quand on écoute AIR ZEN Radio, on est naturellement optimiste.
2 – Il y a quelque chose qui m’interpelle quand tu dis que l’optimiste va travailler sur ses qualités. Il y a toujours deux écoles : est-ce qu’on capitalise sur ses qualités et on les développe, ou alors est-ce qu’on va venir combler ses défauts pour essayer de relever le niveau ? L’optimiste travaille-t-il uniquement sur ses qualités ?
Prioritairement sur ses qualités. Dans les entreprises, on va capitaliser sur les talents, les forces, les appétences des uns et des autres, plus que sur les défauts. En termes de management, on voit des responsables qui sont toujours à pointer ce qui ne va pas, ce que le collaborateur ne fait pas bien. Il y a des champions du monde pour ça. L’opposé, c’est au contraire de féliciter, récompenser, encourager les choses qui se passent bien.
La limite, c’est quand il y a des collaborateurs qui déconnent, qui ne sont pas aux bons endroits. Le Covid a aussi favorisé de grosses remises en question professionnelles. Les gens se sont dit : « Je ne suis peut-être pas à la bonne place, je ne suis peut-être même pas dans la bonne entreprise. » Voilà la bonne question à se poser. Est-ce qu’on est à la bonne place, dans la bonne entreprise ? Est-ce que finalement je n’ai pas envie de faire autre chose ? Est-ce que je ne mérite pas mieux ? Il faut évidemment encourager ces questions-là.
3 – A grande dose de courage en revanche, n’est-ce pas ?
Il faut du courage, il faut se poser les bonnes questions. Mais il y a tellement de gens qui restent et qui souffrent dans les entreprises… On peut accepter les inconvénients, les difficultés. Les souffrances, je crois qu’il ne faut pas les accepter ; c’est un seuil d’alerte, ce qui mène au « burn-out ». Quand on arrive à ce niveau-là, il faut urgemment se poser les bonnes questions, agir et changer.
L’optimisme, c’est un choix, c’est un état d’esprit.
Je trouve que les pessimistes sont très fatalistes. « On est mort ! Il n’y a pas de solution ! On va tous mourir ! » Ça, c’est vrai, mais le plus tard possible et en bonne santé. D’ailleurs, juste une petite statistique : les optimistes vivent en moyenne 10 ans de plus que les pessimistes. On le sait maintenant grâce aux travaux de Martin Seligman, notamment sur la psychologie positive. Ça vaut le coup de savoir ça, quand même. C’est un vrai choix. C’est tout à fait ça. L’optimisme, c’est un choix, c’est un état d’esprit. Ça ne dépend que de vous.
4 – Je veux juste revenir sur ce que tu as dit à l’instant à propos de la fatalité. Quand on veut être optimiste, il y a quand même une forme d’acceptation de ce qui arrive. Qu’en penses-tu ?
Oui, il y a une forme de stoïcisme. Il y a effectivement cette philosophie d’accepter les choses, d’accepter la vie telle qu’elle se présente. Elle nous apporte beaucoup de choses positives, mais aussi des obstacles, des difficultés, des échecs. Et effectivement, je crois qu’il faut, et ce n’est pas toujours facile, accepter ce que nous apporte la vie. La vie n’est ni optimiste, ni pessimiste. La vie, elle est ! En revanche, la clé, c’est notre regard sur cette vie, sur comment on va l’appréhender.
Philippe Gabilliet dit que nous, les optimistes, sommes plutôt des gens très écolos. On recycle les problèmes, on recycle les obstacles. Comment peut-on en faire quelque chose d’acceptable, de positif malgré tout ? C’est vrai qu’en France, on a un petit problème avec l’échec, contrairement aux Anglo-Saxons. Mais je crois que les échecs, les difficultés font partie de la vie et c’est à nous, par résilience, par rebond, d’apprendre de nos expériences.
5 – « Ce qui ne tue pas rend plus fort », c’est un peu l’essence de ce que tu es en train de dire ?
Oui, mais je préfère les versions positives. J’ai pris par habitude, et c’est devenu un vrai réflexe, d’essayer de toujours parler en version positive. Je dis ce que j’aime, mais je ne dis jamais ce que je n’aime pas. Je vais te dire cependant ce que je suis, ce que j’aime, comment je vis, comment je vois la vie. Ça, ça m’intéresse. À la Ligue des optimistes, on parle beaucoup d’optimisme d’action. Les pessimistes, généralement, sont plutôt dans la résignation, à faire des constats. Ils sont assez peu batailleurs.
C’est très français de discuter de choses sur lesquelles on n’a pas la main. Par exemple, j’entends des gens qui remettent en question la politique énergétique de la France, de l’Europe. « OK, mais qu’est-ce que tu peux y faire ? Est-ce que tu as la main pour travailler sur ce truc ? » Les optimistes, on aime bien se concentrer sur des sujets sur lesquels on a la main. Quand on n’a pas la main, ce n’est pas la peine d’épiloguer et de râler. En revanche, on choisit les combats sur lesquels on peut agir. Ça peut être plein de sujets, y compris l’écologie. Je connais plein d’associations qui sont non pas dans des choses punitives, négatives, mais plutôt qui sont porteuses d’espoir et qui font des choses très concrètes.
« Time for the Planet » par exemple. Le patron de Patagonia a légué toute sa fortune et a développé cette initiative formidable qui s’appelle « 1% for the Planet » qui fait en sorte que les entreprises consacrent 1 % de leur chiffre d’affaires à des associations. Fabuleux ! Il y a plein de choses fabuleuses qui se passent. On vit dans un pays fabuleux, dans une région fabuleuse, avec des gens fabuleux, parce que vous savez que les Stéphanois et la Loire sont les habitants les plus chaleureux qui soient. Un sondage national a primé les Stéphanois comme étant les gens les plus chaleureux. On a une chance incroyable.
Juste un autre exemple sur les choses qu’on ne maîtrise pas : les bouchons sur la route. Soit on se dit : « Je suis dans les bouchons, je vais perdre du temps. » Soit on se dit : « Je vais écouter un livre audio ou ça me permettra d’écouter de la musique plus longtemps. »
Ou autre solution, je prends le train et je n’ai plus le problème des bouchons. Il faut trouver des solutions.
6 – En tant qu’optimiste, « trop bon, trop con », qu’en penses-tu ?
Certains pourront profiter de cette gentillesse, tant mieux pour eux.
Je ne partage pas. Je milite pour ! Ce n’est peut-être pas « trop bon, trop con », mais ça me fait penser à Franck Martin, un Lyonnais qui a écrit beaucoup de livres sur l’optimisme, dont un qui s’appelle « Gentil mais pas con ». J’adore la nuance. Je remplacerais par « gentil ». Je suis un vrai militant de la gentillesse. C’est la même idée que la confiance. Je crois que les optimistes sont fondamentalement humanistes, ils aiment les gens. Après, avec un peu d’expérience, tu sais que forcément, il y a des gens qui vont parfois en profiter, parfois abuser. Mais il y a tellement de bonheur à être bon, ou trop bon, ou trop gentil, que je ne reviendrai jamais en arrière pour être trop méfiant. Je préfère assumer, et je sais qu’effectivement, certains pourront profiter de cette gentillesse. Tant mieux pour eux.
7 – Est-ce que tu penses que les optimistes ont une meilleure capacité d’analyse situationnelle et émotionnelle ?
Oui, il y a des études sérieuses qui montrent que les optimistes dans les entreprises sont des gens plus créatifs, plus coopératifs, plus sympathiques. Dans la vie de tous les jours, il est quand même beaucoup plus agréable de côtoyer des optimistes que des râleurs, des grincheux qui plombent l’ambiance très vite. Ce n’est pas facile d’ailleurs, quand on en a dans sa famille (rire). Tout optimiste que je suis, j’ai aussi mon quota de pessimistes, et ce n’est pas très simple, même avec les proches.
En revanche, il faut faire attention. Je ne sais plus qui disait qu’on est le fruit des cinq personnes que l’on côtoie le plus. Donc, faites très attention aux cinq personnes que vous côtoyez le plus, parce que votre personnalité va certainement refléter ces cinq personnes-là. On ferait mieux de choisir cinq optimistes, ou au moins quatre…
Par exemple, vous avez le choix de vous informer. Vous avez le choix d’écouter les chaînes d’info en continu, dont on sait que 90-95 % vont nous livrer de l’information pessimiste, négative. Je ne m’explique pas toujours, pourquoi les chaînes d’info, parfois par mercantilisme, en pensant que les gens répondent au cerveau reptilien, nous livrent autant d’informations négatives ! Si on n’est pas vigilant, on est persuadé qu’en plus, c’est la réalité du monde. Quand on regarde les infos, c’est 90 % de catastrophes, et on pense que le monde est vraiment à 90 % catastrophique. Mais il faut faire très attention, c’est un parti pris. Combien de pays sont en guerre dans le monde ? Pourquoi nous bassinent-ils tous les jours avec ça ? Pourquoi personne ne parle des plus de 90 % des pays où tout va bien, où il n’y a pas la guerre ? Il faut faire très attention, les médias ne sont pas du tout à fait représentatifs de l’état du monde. On milite beaucoup pour l’abstinence médiatique. Coupez-vous de temps en temps ?
8 – Comment expliques-tu que la mauvaise humeur nous impacte plus et se diffuse plus facilement que la bonne humeur ?
Depuis quelques années, quand je rencontre des gens qui ne sont pas de bonne humeur, y compris des gens proches, j’évite de leur dire : « Oh-là-là, tu n’as pas une bonne tête, ça n’a pas l’air d’aller ! » Il faut faire très attention. Moi, je prends très souvent le parti pris de l’humour. Je suis pourvoyeur de bonne énergie, de messages très positifs à des gens qui, visiblement, ne se sont pas réveillés avec cette dose d’optimisme. Je ne suis pas choqué ou chagriné, parce que chacun vit des choses parfois un peu difficiles. Je suis tolérant par rapport à ça. Mais comment on y répond ? Par une grande dose d’optimisme, de bonne humeur. Le seul bémol, c’est qu’il faut être attentif. Il y a aussi des drames, des choses terribles que vivent les gens, donc il faut faire preuve d’un peu de prudence.
J’ai constaté que j’ai rencontré beaucoup de gens qui sont sur le chemin du bonheur et qui sont donc optimistes. Je n’ai pas rencontré énormément de pessimistes heureux pour l’instant. Cependant, des optimistes heureux, j’en connais plein. Je préfère l’optimisme au pessimisme dans le chemin du bonheur.
Il y a un autre terme que j’aime bien, c’est la congruence. Être congruent, c’est être aligné entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on ressent. C’est un vrai travail d’introspection, un vrai travail sur soi avant de rejaillir sur les autres.
9 – Tu t’occupes de la Ligue des Optimistes. D’où te vient ce côté optimiste ? Que se cache-t-il derrière ça ?
Globalement, la vie m’a plutôt épargné.
Je n’ai pas beaucoup travaillé dessus, je l’avoue humblement. C’est plus simple quand vous avez une vie plutôt remplie, épanouie, avec quelques obstacles. Globalement, la vie m’a plutôt épargné. On sait maintenant, les chercheurs l’ont bien identifié, qu’il y a un gène de l’optimisme. Il y a une partie génétique, et je pense que ça doit être mon cas. J’arrive avec un capital génétique optimiste très fort. Les études montrent qu’il y a à peu près 40 à 50 % de l’optimisme qui est d’ordre génétique. La bonne nouvelle, c’est que les 50 % restants se travaillent, et c’est notre choix. L’impact de l’éducation, des parents, de l’entourage joue assez faiblement, à peu près 10 %. En revanche, les 40 % qui restent sont intimement personnels. C’est son choix, son initiative, ce que l’on va faire dans la vie, les gens qu’on va côtoyer…
10 – À l’issue de ces échanges, quel message d’optimisme souhaiterais-tu faire passer ?
Le message principal, c’est que l’optimisme ne dépend que de nous. Faites en sorte d’appréhender les choses. Ensuite, on peut parler de technique, on peut s’entraîner, on peut lire, on peut rencontrer. En effet, rencontrez un maximum d’optimistes, observez comment ils fonctionnent. Après vous pourrez, si vous le décidez, vous en inspirer…